Des hospitalisations, de l'auto-mutilation, des tentatives de suicide, Julie Pelletier est passée par là à maintes reprises. Cette jeune fille de 22 ans souffre d'un trouble de personnalité limite sévère, au point où on a retiré tous les couteaux et objets contondants dans l'appartement qu'elle partage avec sa soeur.
En parcourant le porte-folio de dessins crus et violents de Julie, on peut lire toute la souffrance qui peut habiter l'esprit humain. Une vie d'auto-destruction qu'il faut réinventer autrement, avec l'aide de son intervenante communautaire, Mélissa St-Cyr-Morin. En charge de l'organisme Caf'Art, venant en aide aux jeunes de 18 à 25 ans souffrant de problème de santé mentale, Mélissa mise sur l'art comme outil thérapeutique. L'exutoire rêvé de Julie Pelletier, c'est le monologue sur les troubles de personnalité limite qu'elle prépare avec l'aide de son intervenante. Jeux de Société en dévoile des extraits. Oreilles sensibles, s'abstenir. Mots-colère et agressivité exprimée au menu.
Chantal Germain a attendu près de 20 ans avant de savoir de quoi elle souffrait réellement. Mère de deux enfants, Chantal a abandonné plusieurs fois ses thérapies et n'a plus de travail depuis qu'elle a dû fermer son salon de toilettage pour animaux à cause de la sévérité de son cas. Chantal est restée très amère envers le système de santé.
La vie privée des personnalités limites est habituellement un désastre et une succession d'échecs. Geneviève Ayotte a goûté à cette médecine, elle qui a connu des ruptures amoureuses en lien avec sa condition mentale. Cette mère monoparentale diagnostiquée borderline, subit encore les contrecoups de sa fragilité émotionnelle. Elle participe maintenant à un groupe de thérapie spécifique aux personnalités borderlines, à la clinique externe l'Hôpital Pierre-Boucher de Longueuil, avec le psychologue Hugues Vigneau. Jeux de Société la suit lors d'une session.
Pour briser le mythe voulant que les personnalités limites soient des êtres aux facultés intellectuelles douteuses ou encore des fous furieux qu'on enferme dans les hôpitaux, Jeux de Société rencontre une professionnelle sur le marché du travail qui vit, jour après jour, avec ce désordre mental. Il s'agit d'Isabelle, une analyste financière, qui a accepté de témoigner dans l'anonymat. Une femme qui, malgré sa souffrance et ses difficultés relationnelles, exécute très bien son travail qui exige de grandes responsabilités. Une travailleuse comme il nous arrive sûrement d'en côtoyer, sans le savoir. Car il faut bien le dire, le trouble de la personnalité limite a son lot de tabous dans notre société. Et les gens qui en souffrent ne le crient pas sur les toits.
Rafael-Olivier Somma aussi travaille, mais pour lui, boulot rime avec difficultés relationnelles, sentiment de rejet et d'abandon. Perturbé par la moindre remarque de ses collègues, Rafael-Olivier éprouve des difficultés d'adaptation dans le milieu de la restauration rapide où il gagne sa vie. Il doit régulièrement changer d'emploi. Autre caractéristique des borderlines : Rafael-Olivier se cherche, il éprouve des perturbations de l'identitié qui l'empêchent de se réaliser pleinement et de savoir ce qu'il veut faire de sa vie.
Les causes du développement de la personnalité limite sont complexes. Peut-on attribuer le trouble à la génétique, à l'environnement psychosocial ou à la combinaison des deux ? Sur ce sujet, le débat scientifique reste entier, bien qu'on s'entende généralement pour dire que plusieurs facteurs associés contribuent au développement du trouble de personnalité limite, soit un tempérament hypersensible et impulsif, une plus grande vulnérabilité au stress, un environnement familial et social dysfonctionnel. Selon les spécialistes interrogés par Jeux de Société, une proportion élevée de ces patients ont subi une enfance difficile, voire de la violence ou des abus sexuels en bas âge.
Pour en savoir plus sur l'origine des troubles de la personnalité limite, Jeux de Société se rend à Québec où une équipe de professionnels de la santé du Centre hospitalier Robert-Giffard, a mis en place une bonne structure de traitement. Le Dr Évens Villeneuve, le psychiatre qui dirige la Clinique du Faubourg St-Jean, nous décrit ce qui caractérise une personnalité limite. Tout d'abord, selon lui, il faut toujours associé les personnes ayant le trouble de personnalité limite à la souffrance et il faut prendre les souffrances de ces personnes au sérieux car 10% des personnes vont mourir de ce trouble. Il nous parle du traitement thérapeutique et pharmacologique à privilégier, tout en spécifiant qu'une formule standard ne peut s'appliquer avec les borderlines. La complexité des manifestations de ce trouble rend le diagnostic difficile car il s'apparente à un trouble bipolaire ou à un trouble dépressif ou anxieux.
Et quand vient le temps d'aider les personnes souffrant de troubles de personnalité limite, les professionnels de la santé s'entendent pour dire qu'il s'agit de patients difficiles, parfois exaspérants, qui abandonnent facilement leurs traitements. Sont-ils face à des manipulateurs? Comment les aborder, où les diriger?
Pour nous faire part des difficultés rencontrées avec cette clientèle bien particulière, Jeux de Société rencontre le Dr Christiane Bertelli, psychiatre au Pavillon Albert-Prévost de l'Hôpital Sacré-Coeur de Montréal. Cette dernière dirige le programme des troubles relationnels, dans lequel s'intègre le volet spécifique aux personnalités limites, le plus ancien au Québec à avoir été mis en place, en 1994. Dans ce programme, on utilise l'approche thérapeutique paradoxale avec les patients bordeline, une approche qui peut paraître surprenante.
Mais les individus souffrant du trouble de personnalité limite ont-ils des chances de s'en sortir ? Face aux résultats obtenus en thérapie auprès des patients souffrants de trouble de personnalité limite, le Dr Évens Villeneuve se veut optimiste. Les progrès de la recherche et de la médecine ne cessent de se faire sentir.
Mais il reste toujours que, pour les individus très atteints comme Julie Pelletier, Chantal Germain et Robert Labrosse, mettre fin à la souffrance et arriver à se sentir bien est l'objectif d'une vie...
RÉFÉRENCES
CENTRES, ORGANISMES, SPÉCIALISTES, RESSOURCES :
Nom : Relais d'espérance
Adresse : 1001, 4e avenue, Québec (Qc) G1J 3B1
Téléphone : (418) 522-3301
Télécopieur : (418) 522-5145
Site web : www.relaisdesperance.org
Courriel : esperance@qc.aira.com
Nom : Clinique du Faubourg St-Jean (affilié au Centre hospitalier Robert-Giffard)
Adresse : 175, rue St-Jean, 4e étage, Québec (Qc) G1R 1N4
Téléphone : (418) 666-3241
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Adresse : 1440, rue Ste-Catherine Ouest, bur. 716, Montréal (Qc) H3G 1R8
Téléphone : 514-954-1848
Télécopieur : 514-954-1849
Courriel : info@institut-victoria.ca
Site web : www.institut-victoria.ca
Nom : Pavillon Albert-Prévost, hôpital du Sacré-Coeur de Montréal
Adresse : 6555 boulevard Gouin Ouest, Montréal (Qc) H4K 1B3
Téléphone : (514) 338-4212
Nom : Centre hospitalier Pierre-Boucher
Adresse : 1333, boulevard Jacques-Cartier Est, Longueuil (Qc) J4M 2A5
Téléphone : 450-468-8111
Site web : www.personnalitelimite.org
* il s'agit du site internet créé par Robert Labrosse
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