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GUIDE FAMILLE (4)

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Résumé d'une rencontre d'information
  • Résumé de la conférence du 22 février 2006 sur LES TROUBLES DE PERSONNALITÉ "BORDERLINE" présentée par la Docteure Lynn Gaudreault, psychiatre au Département de psychiatrie, CHUS, Professeure agrégée de l'Université de Sherbrooke pour l'APPAMM-ESTRIE.

    Bien que cette problématique soit de plus en plus fréquente dans la population en général, elle est souvent mal identifiée. Les difficultés associées à ce trouble ont des répercussions importantes, tant chez les gens qui en sont affectés que chez leurs proches. Mais à quoi peut-on reconnaître les troubles de personnalité "borderline" ? Comment les distinguer des autres problématiques ? Quelles en sont les causes ? Quels sont les traitements possibles ? Quelle attitude adopter à l'égard d'une personne atteinte de ces troubles ? Toutes ces questions et bien d'autres ont été abordées lors de cette rencontre.

    À la demande de Robert Labrosse, webmestre, la direction de l'APPAMM-ESTRIE a accepté que nous puissions diffuser sur le site de Personnalité_Limite.Org l'intégralité de cette conférence. Nous leur en sommes très reconnaissant !

  • RENCONTRE MENSUELLE D'INFORMATION

    T H È M E

    " Les troubles de personnalité borderline "

    Mercredi, le 22 février 2006
    à 19 heures 30
    au
    Cégep de Sherbrooke, pavillon 2
    Salle 53-284
    375, rue du Parc à Sherbrooke

    PERSONNE-RESSOURCE

    Dre Lynn Gaudreault, psychiatre
    Département de psychiatrie, CHUS
    Professeure agrégée, Université de Sherbrooke

    Présences

    Soixante-quatre (64) personnes

    La rencontre d'information regroupe des parents, ami(e)s, étudiant(e)s
    et intervenant(e)s auprès de personnes atteintes de maladie mentale, ainsi que
    des personnes souffrant elles-mêmes de maladie mentale.

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    I - Présentation de la personne-ressource

    Pour discuter du sujet :
    " Les troubles de personnalité borderline "

    Dre Lynn Gaudreault, psychiatre
    Département de psychiatrie, CHUS
    Professeure agrégée, Université de Sherbrooke

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    II - Exposé de la personne-ressource

    Trouble de personnalité limite (ou "borderline") :
    Un mal d'être, mais pas une maladie.

    Présentation clinique

  • Le trouble de la personnalité n'est pas une maladie mentale, mais plutôt un état d'être, de percevoir, de ressentir et d'agir qui perturbe le fonctionnement social, professionnel et qui entraîne une souffrance significative.

  • Ces caractéristiques sont stables, prolongées et les premières manifestations apparaissent au plus tard à l'adolescence ou au début de l'âge adulte.

  • Les critères du DSM-IV (manuel diagnostic utilisé en psychiatrie)

    Pour faire le diagnostic d'un trouble de personnalité limite, la personne doit présenter au moins cinq des neuf critères suivants :

  • Instabilité émotionnelle
    1. Instabilité affective causée par une réactivité marquée de l'humeur (dysphorie intense, irritabilité ou anxiété durant quelques heures ou quelques jours). Ce sont des gens qui changent souvent d'humeur et les changements d'humeur sont rapides
    2. Colère intense et inappropriée ou difficulté à maîtriser sa colère

  • Instabilité interpersonnelle
    1. Efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginés
    2. Relations interpersonnelles instables et intenses (position extrême d'idéalisation excessive et de dévalorisation). Ils passent rapidement de l'idéalisation de la personne avec qui ils sont à la dévalorisation.

  • Instabilité comportementale
    1. Impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement dommageables (dépenses, sexualité, toxicomanie, crises de boulimie, conduite automobile)
    2. Répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires ou d'automutilation

  • Instabilité identitaire
    1. Perturbation de l'identité : instabilité de l'image de soi ou de la notion de soi
    2. Sentiment chronique de vide

  • Instabilité cognitive
    1. Survenue transitoire dans les périodes de stress d'une idéation persécutoire, trouble perceptuel ou dissociatif

  • Mode de présentation clinique

  • Les gens qui présentent un trouble de personnalité limite sont souvent dysfonctionnels;
  • Leurs habiletés organisationnelles et parentales sont fréquemment limitées;
  • Ils identifient et gèrent mal les stresseurs;
  • Leurs demandes sont souvent peu appropriées;
  • Ils tolèrent mal la frustration;
  • Ils éprouvent de la difficulté à prendre leurs responsabilités. Souvent, ils pensent que ce qui leur arrive est la responsabilité de l'autre;
  • Peu d'entre eux réussissent à maintenir un travail rémunérateur;
  • Ils sont très vulnérables au niveau des émotions;
  • Des situations de crises multiples provoquées par l'attitude même de la personne ou par un environnement peu adéquat;
  • Ils ont de pauvres capacités à résoudre les problèmes de la vie courante;
  • Les gestes suicidaires et d'automutilations sont fréquents.
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    L'ampleur de la problématique et son évolution

  • Intérêt marqué depuis 10 ans

  • Prévalence élevée :
  • 2-3% de la population générale
  • 15% des patients en clinique externe de psychiatrie
  • 20-30% des patients hospitalisés en psychiatrie
  • 75% de femmes
  • Clientèle difficile, qui demande une intervention très spécifique

  • Traitements conventionnels peu efficaces

  • Morbidité importante :
  • 71% présentent des gestes parasuicidaires (gestes suffisamment graves qui auraient pu provoquer la mort)
  • 9% se suicident
  • Les comorbidités :
  • Dépression : 50%
  • Abus de drogues : 35%
  • État de stress post-traumatique : 30%
  • Anorexie : 5%
  • Ce sont des gens qui font face à tellement de stresseurs, de difficultés et d'instabilité qu'ils développent souvent d'autres maladies

  • Évolution favorable pour 80% après l'âge de 35 ans
    Souvent, ils auront passé par des périodes dangereuses. Ils en ressortent blessés. Ils peuvent apprendre à s'isoler, à limiter les relations, afin d'être plus stables dans leur vie. Ils ont réalisé que la vie de couple n'est pas possible, alors ils vont s'isoler. Généralement, ils poursuivent leur vie un peu plus calmement par la suite. Le but du traitement est d'intervenir assez tôt, pour éviter qu'ils soient à risque pour leur vie et pour faire en sorte qu'ils en ressortent moins blessés.
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    Psychopathogenèse du trouble de personnalité limite
    (Comment on développe un trouble de personnalité)

    Il y a beaucoup d'écoles de pensées et de théories sur le sujet.

    Tableau 1.4 : Principales orientations du TPE
    Dimensions Psychanalyse Biologique Eclectique Biosocial Cognitif
    1. Principaux
    théoriciens
    Adler
    Kernberg
    Masterson
    Meissner
    Rinsley
    Akiskai
    Adrulonis
    Cowdry
    Gardner
    Hoch
    Kasanin D.
    Klein
    Kety Polatin
    Soloff Stone
    Wender
    Frances
    Grinker
    Gunderson
    DSM-III et
    DSM-III-R
    et DSM-IV
    de Spitzer
    Linehan
    Millon
    Turner
    Beck
    Pretzer
    Jung
    2. Signification
    du terme
    "état-limite"
    Niveau psycho-
    structurel ou
    conflit psycho-
    dynamique
    Version douce
    d'un trouble
    majeur
    Trouble de
    personnalité
    spécifique
    Trouble de
    personnalité
    spécifique
    Trouble de
    personnalité
    spécifique
    3. Données
    sur lesquelles
    repose le
    diagnostic
    Symptômes,
    inféré des
    structures
    intrapsychiques,
    transfert
    Symptômes
    cliniques,
    histoire familiale
    et génétique,
    réponses au
    traitement et
    marqueurs
    biologiques
    Combinaison
    de symptômes
    et observations
    comportementales,
    données psycho-
    dynamiques et
    tests psychologiques
    (WAIS, Roschach)
    Observation
    comportementale,
    entretiens
    structurés,
    données des
    tests comportementaux
    Observation
    comportementale,
    entretiens
    structurés,
    données des
    tests comportementaux
    4. Etiologie
    du trouble
    Education,
    nature, destin a
    Nature b Non spécifiée Nature,
    éducation
    Education
    5. Composition
    de la population
    état-limite
    Homogène :
    structure
    intrapsychique
    Hétérogène :
    symptômes
    descriptifs
    Hétérogène :
    tout l'ensemble
    Homogène :
    chaque sous-
    catégorie
    Hétérogène Hétérogène Non spécifié
    6. Importance
    de diagnostiquer
    les sous-
    catégories
    Sans
    importance
    sauf Meissner
    Important Assez
    important
    Important Non spécifié
    7. Base
    de création
    de la sous-
    catégorie
    .. Etiologie Grinker et
    Gunderson :
    clinique
    DSM : clinique
    et étiologique
    Modèles
    comportementaux
    Non spécifié
    8. Traitement
    recommandé
    Psychanalyse
    Psychothérapie
    confrontative
    Chimiothérapie Non spécifié Modification
    du comportement;
    thérapie
    cognitivo-
    comportementale
    Thérapie
    cognitive
    modifiée
    Note " Adapté de Treatment of the borderline personality par P. M. Chatman, 1985, New York : Jason Aronson. Copyright 1985 par Jason Aronson, Inc. Imprimé avec autorisation.
    a Les composantes cognitives peuvent avoir un rôle à jouer au même titre que le sort; la plupart des théoriciens, sauf Kenberg, considèrent l'éducation comme le facteur principal.

    Modèle bio-social de Linéhan

    C'est le modèle qui est utilisé dans le cadre de la clinique des troubles de la personnalité. Selon Linéhan, le trouble de personnalité limite est dû à un dysfonctionnement du système de régulation des émotions qui est créé par une vulnérabilité émotionnelle (prédisposition biologique) associée à une incapacité à réguler les émotions (environnement invalidant). La personne n'a pas développé son système de régulation des émotions, c'est-à-dire qu'elle n'a pas appris à identifier et à gérer ses émotions.

  • Vulnérabilité émotionnelle

  • Forte sensibilité aux stimuli émotionnels (réagit rapidement aux moindres frustrations)
  • Intensité émotionnelle (extrême, dramatique)
  • Retour à l'état de base plus lent (l'émotion produit un changement de l'humeur qui contamine les processus cognitifs et qui réactive l'ensemble des états émotionnels)
  • Modulation émotionnelle

  • Expérimenter et identifier l'émotion. Par exemple, lorsque la mère reflète la tristesse de l'enfant qui pleure, elle l'aide à réaliser quelle est l'émotion qu'il vit à ce moment précis
  • Identifier et traduire les stimuli qui provoquent des émotions difficiles. Lorsque la mère demande à l'enfant ce qui l'a rendu triste, elle l'aide à identifier le stimulus qui a provoqué cette émotion. L'enfant réalise que l'émotion a été suscitée par le stimulus et qu'il peut le gérer (ex. : dire à l'ami de ne pas agir ainsi)
  • Gérer et surtout, tolérer les émotions difficiles
  • Inhiber le comportement inapproprié relié à l'affect négatif ou intense
  • Autoréguler la réaction physiologique
  • Recentrer son attention
  • Coordonner l'action pour servir un objectif externe, non dépendant de l'humeur (la vie continue)
  • Environnement invalidant

  • Études de Thomas et Chess (1985)
  • Ils ont constaté que les enfants difficiles sont assez similaires au tempérament de l'adulte état-limite, c'est-à-dire qu'ils présentent un manque de réponse face à un nouveau stimulus, une irrégularité dans leur fonctionnement biologique, une adaptation lente aux changements et une expression intense de l'humeur
  • Les enfants difficiles représentaient 10% de l'échantillon
  • 70% de ces enfants présentaient des troubles de comportement dans l'enfance, mais avaient une bonne évolution à l'adolescence. La façon dont la famille gérait le tempérament, faisait que l'enfant pouvait bien évoluer. Si la famille arrivait à bien répondre aux besoins de l'enfant et à bien l'encadrer par rapport à ses difficultés, l'enfant ne développait pas de trouble de la personnalité
  • Pauvreté d'adéquation (divergence entre l'environnement et les demandes de l'enfant, ses caractéristiques)
  • Qu'est-ce qu'un environnement invalidant ?

  • Communication avec l'enfant souvent fausse, inappropriée
  • Expériences émotionnelles non validées, banalisées, punies
  • Pas d'attention à l'émotion ressentie ni aux stimuli qui ont provoqué l'émotion
  • Reflète à l'enfant que ce qu'il ressent ou expérimente est faux
  • Exemples :
  • pas de la peur, mais trop sensible
  • pas de la tristesse, seulement de la difficulté à demeurer positif
  • fait des crises, car il est manipulateur
  • échec scolaire, car il manque de motivation
  • trop enjoué, car il est naïf, immature
  • Expériences invalidantes

  • Abus sexuels
  • Un des milieux les plus invalidants
    Ex. : les attouchements sont normaux, mais il ne faut pas en parler
  • lorsque l'abus est dévoilé, souvent aucun support et même souvent puni
  • 2 à 3 femmes pour un homme (Finkelhor, 1979)
  • 70% des patientes ont été abusées sexuellement (Perry, 1987)
  • Les victimes d'abus ont des taux plus élevés de tentatives suicidaires
  • Types de familles invalidantes

    1. Famille chaotique
    2. Problèmes d'abus de substance, d'argent, parents absents
    3. Les enfants reçoivent peu ou pas d'attention
    4. Les parents ne peuvent tolérer que très peu de demandes de la part de leurs enfants
    5. Les besoins de l'enfant sont méprisés
    6. Famille parfaite
    7. Les parents ne peuvent tolérer l'expression d'émotions négatives de la part de leurs enfants
    8. Peut être secondaire aux exigences pesant sur les parents, à l'incapacité à supporter les affects négatifs, à l'égocentrisme ou à la crainte de favoriser le développement d'un tempérament trop difficile chez l'enfant
    9. Famille typique ou syndrome manière de vivre américaine
    10. L'accent est mis sur le contrôle cognitif des émotions pour viser leur maîtrise (critère de succès)
    11. Le comportement des personnes matures est supposé être contrôlé par des forces internes plutôt qu'externes (auto-contrôle)
    12. Ne s'applique que chez les individus qui ont appris à autoréguler et contrôler leurs émotions
    13. L'enfant émotionnellement vulnérable demande davantage de son environnement, les parents doivent être plus vigilants, plus compréhensifs et flexibles

  • Conséquences chez l'enfant

  • Non reconnaissance des émotions négatives, ce qui amène l'enfant à les ÉVITER ou à les INHIBER
  • Seules les fortes réactions peuvent faire réagir l'environnement invalidant, d'où l'enfant qui oscille entre INHIBER ses émotions ou les exprimer de façon EXCESSIVE
  • S'invalide lui-même par rapport à ce qu'il ressent et à ses besoins
  • N'apprend pas à résoudre les stimuli ou les conflits qui provoquent l'émotion négative
  • Conséquences au niveau des comportements chez l'adulte

  • Gestes suicidaires
  • résoudre une situation incontrôlable
  • éviter l'émotion négative trop intense
  • Gestes parasuicidaires (automutilation)
  • augmentation d'endorphines et diminution de l'état de tension
  • prise de médicaments pour dormir et ainsi diminuer le niveau émotionnel
  • attirer l'attention
  • Prise de drogue ou d'alcool
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    Les principes généraux de traitement

    1. Aider le patient à identifier et à gérer ses émotions trop excessives, mais aussi à diminuer les comportements excessifs ou inadéquats associés à cette mauvaise régulation des émotions.

    2. Apprendre à valider et à identifier leurs propres émotions, pensées et besoins.

      Cibles de la première étape

      1. Diminuer les comportements suicidaires
      2. Diminuer les comportements interférant avec la thérapie
      3. Diminuer les comportements interférant avec la qualité de la vie
      4. Augmenter les compétences comportementales :
      5. Responsabiliser
      6. Efficacité interpersonnelle
      7. Régulation émotionnelle
      8. Résolution de problèmes

      Cible de la deuxième étape

      1. Diminuer les stress post-traumatiques

      Cibles de la troisième étape

      1. Augmenter le respect de soi
      2. Atteindre les objectifs individuels

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    Traitement pharmacologique

  • Il n'existe pas de médication spécifique
  • La médication est prescrite lorsqu'il y a présence de :
    1. Symptômes graves
      1. irritabilité / impulsivité : antidépresseur (ISRS), neuroleptique
      2. instabilité affective / hostilité : ISRS, neuroleptique
      3. dissociation, troubles perceptuels : neuroleptique
    2. Comorbidités associées
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    La clinique des troubles de la personnalité
    du CHUS - Hôtel-Dieu

    Critères d'inclusion

  • Adulte
  • Diagnostic de trouble de la personnalité limite
  • Avoir une motivation suffisante et une demande d'aide :
  • Évaluation complète (tests psychométriques, entrevues)
  • S'engager activement dans un programme de psychothérapie de groupe de 2 à 3 ans à raison de 2heures/semaine
  • Critères d'exclusion

  • État de crise
  • Maladie mentale prédominante
  • Déficience intellectuelle
  • Trouble cérébral organique
  • Psychose
  • Trouble de personnalité paranoïde
  • Consommation abusive d'alcool ou de drogue
  • Comment y accéder

    Les références à la clinique peuvent venir de trois sources :

    1. Module d'évaluation liaison. Le médecin de famille du patient fait une demande en psychiatrie. Dans un premier temps, le patient sera évalué par un psychiatre, pour évaluer s'il s'agit effectivement d'un trouble de la personnalité. Si c'est le cas, le psychiatre nous le réfère à la clinique.
    2. Référé par un psychiatre lors de l'hospitalisation.
    3. Référé par un psychiatre dans le cadre d'un suivi en clinique externe.

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    Références

    Allen D et Farmer G. Family relationship of adults with borderline personality disorder. Comprehensive psychiatry, 1996, vol 37(1), 43-51.

    Barnett R. Women and multiple roles:myths and reality. Harvard Review of Psychiatry, 2004, vol 12(3), 158-164.

    Gagnon, P. Le rôle de la famille dans le développement du trouble de la personnalité limite. Revue canadienne de psychiatrie. 1993, vol 38, 611-616.

    Goldman S. et al. Psychopathology in the families of children and adolescent with personality disorder. American Journal of Psychiatry, 1993, vol 150(12), 1832-1835.

    Golomb et al. Maternal empathy, family chaos, and the etiology of borderline personality disorder. JAPA, 1994, vol 42(2), 525-548.

    Guzder J et al. Psychological risk factors for borderline pathology in school-age children. J Am Acad Children and adolescent psychiatry, 1999, vol 38(2), 206-212.

    Feldman R et al. A comparison of the families of mothers with borderline and nonborderline personality disorders. Comprehensive psychiatry, 1995, vol 36(2), 157-163.

    Linehan M. Cognitive behavioural treatment of borderline personality disorder. New York, NY: Guilford, 1993.

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    III - Période de questions

    Q-
    Lorsqu'on est en contact avec des gens qui ont une telle vulnérabilité émotionnelle, souvent on adopte deux comportements : soit on les materne, soit on a le sentiment qu'ils nous manipulent et on les encadre trop. Quelle attitude est préférable?
    R-
    Le fait de trop materner amène davantage de déresponsabilisation. Ça ne signifie pas que l'on ne doit pas s'attacher à eux, ni qu'ils ne doivent pas savoir qu'on est attaché à eux. Le fait de valider est aidant. Valider ne veut pas dire materner. Valider, c'est reconnaître les compétences, les émotions, les événements difficiles qu'ils ont vécus. Avoir le premier réflexe de valider, nous permet de d'avoir moins de contre-transfert ("Elle est fatigante, ce matin"). Le patient sent que nous sommes à l'écoute, que nous sommes présents. L'autre aspect est de les amener à voir ce qu'ils ont à changer. Par exemple : "Je crois que ce comportement est nuisible à ta vie. Regarde ce qu'il t'apporte comme conséquences à court et à moyen terme". Il s'agit de toujours responsabiliser, tout en validant. Ce n'est pas facile. Il faut trouver un certain équilibre. Trop materner amène souvent la personne à avoir des attentes irréalistes envers nous, ce qui n'est pas mieux. Nous sommes intervenants, nous mettons en place un cadre thérapeutique et nous le respectons. C'est très rassurant, car la personne sait qu'on est là. Je lui demande de faire son travail, mais je m'engage à faire le mien.
    Q-
    Comment la famille peut-elle survivre à un adolescent de 18 ans qui présente ces caractéristiques?
    R-
    Ce n'est pas facile. Ça dépend des familles, mais souvent il y a des dégâts qui ont été faits en bas âge. La personne se retrouve avec des difficultés qui ne sont pas évidentes à vivre. Le problème, c'est que la famille continuera souvent à être invalidante pour l'enfant. Il s'agit d'amener la famille à comprendre la pathologie, mais aussi à comprendre qu'elle a un rôle à jouer et qu'elle peut aider l'enfant à travers tout cela. La famille vit avec un enfant qui est colérique, qui est perturbé, qui consomme de la drogue, alors elle est souvent dépassée. Il est important de voir que derrière tout cela, il y a une souffrance.
    Q-
    Que faire lorsque les parents ne sont plus capables, alors que l'adolescent ne voit aucun problème?
    R-
    Souvent, nous allons aider les parents à adopter une attitude responsabilisante, même si ce n'est pas facile. Continuer à tout lui payer, à tout lui donner, ne l'aidera pas à se responsabiliser. Les parents ont souvent peur du suicide, alors ils peuvent acheter certains comportements. Par exemple : " Si tu vas en thérapie, je t'achète une auto". Ça fonctionne rarement, car ce n'est pas pour cette raison que l'on va en thérapie. C'est parce qu'il est souffrant et il doit reconnaître sa souffrance. Malheureusement, pour reconnaître sa souffrance, parfois il doit aller jusqu'au fond du baril. Les jeunes adultes de 18-25 ans sont très difficiles à aller chercher en thérapie. Souvent, ils vont venir, mais ils ne resteront pas. C'est comme s'ils ne réalisaient pas encore qu'ils ont assez souffert. Ils sont encore trop en colère, trop dans l'agir, ils ne veulent pas s'arrêter pour réfléchir un peu. Pour les parents, il faut leur dire que ce n'est pas en lui donnant tout, qu'ils l'aideront. Il faut malheureusement qu'il traverse les difficultés et qu'il réalise qu'il y a un problème. Parfois, ça peut prendre du temps. On doit vraiment aider les parents à mettre un cadre.
    Q-
    Si la personne se présente à l'urgence psychiatrique en disant qu'elle a un trouble de personnalité "borderline" et qu'elle veut participer là la clinique, est-ce qu'elle y a accès?
    R-
    Si la personne est connue, que ça fait plusieurs fois qu'elle se présente à l'urgence et que c'est évident qu'il s'agit d'un trouble de la personnalité, le psychiatre peut discuter avec le patient et vérifier s'il est vraiment motivé. Généralement, on demande à ce que le psychiatre rencontre le patient à quelques reprises en clinique externe, pour s'assurer du diagnostic, de la stabilité et surtout, de la motivation. L'admission à la clinique des troubles de la personnalité est assez longue. Si on fait une première évaluation psychométrique d'une demi-journée et que, par la suite, le patient ne se présente plus, ça représente des coûts et ça ne nous permet pas de voir les patients qui veulent vraiment y participer. Il y a une attente de deux à trois mois pour la clinique des troubles de la personnalité.
    Q-
    Comment doit procéder une personne qui est présentement en désintoxication, pour avoir accès à la clinique des troubles de la personnalité?
    R-
    Si elle est en cure de désintoxication et que ça va bien, elle peut demander au médecin qui se rend au centre de désintoxication ou à son médecin de famille, à être référée en psychiatrie pour un traitement spécialisé. Un psychiatre du module évaluation-liaison rencontrera la patiente, il évaluera si elle a effectivement un trouble de la personnalité et il nous la référera.
    Q-
    Y a-t-il différents niveaux de sévérité, pour le trouble de personnalité limite?
    R-
    Ce soir, je vous ai mentionné les caractéristiques des gens les plus lourdement atteints. Il y a des gens qui peuvent avoir des traits de personnalité, c'est-à-dire qu'ils ont un dysfonctionnement, mais ce n'est pas aussi sévère. Ils présentent quelques critères de la problématique, mais souvent ils peuvent avoir un travail. Au niveau affectif, ce sont des gens qui sont assez vulnérables. C'est au niveau interpersonnel surtout, que l'on voit la problématique.
    Q-
    Est-ce une problématique qui dure toute la vie ou peut-on espérer qu'il y ait amélioration avec l'âge?
    R-
    80% des gens de plus de 35-40 ans vont quand même assez bien évoluer, c'est-à-dire que leur intensité émotionnelle diminuera, les comportements perturbateurs (automutilation, idées suicidaires, etc.) diminueront avec le temps. C'est comme si la grosse crise d'adolescence qui a duré toutes ces années s'atténuera un peu. Ils ont appris aussi. À force de toujours faire les mêmes erreurs, ils apprennent. Par exemple, s'ils se sont fait battre à plusieurs reprises dans leurs relations, ils peuvent décider de ne plus avoir de partenaires dans leur vie. C'est vrai effectivement qu'en ayant moins de relations interpersonnelles, leur vie est plus stable. Souvent, ces personnes seront plus isolées. Avec le traitement, ce qu'on espère, c'est qu'ils se connaissent mieux, qu'ils apprennent à se respecter davantage et qu'ils réussissent à faire une vie un peu plus stable et normale. Par exemple, avoir un partenaire de vie, mais savoir le choisir et se respecter dans la relation. La qualité de vie avec un traitement est supérieure. Toutefois, il y a des blessures d'enfance que l'on ne peut pas réparer, donc les gens vont demeurer avec des éléments de la personnalité, mais ce sera beaucoup plus atténué. Je connais des patientes qui ont eu une très belle évolution et qui fonctionnent très bien aujourd'hui. Le pronostic est très bon, en autant que le patient veuille vraiment s'aider.
    Q-
    Après les trois ans de thérapie, dans le cadre de la clinique des troubles de la personnalité, quels sont les résultats obtenus?
    R-
    Il ne faudrait pas penser que c'est le seul traitement disponible à Sherbrooke, il y aussi les CLSC qui font un bon travail. À la clinique, chaque année, nous avons trois ou quatre groupes d'une dizaine de patientes, puis à la fin de l'année, il en reste environ six à sept sur dix dans chaque groupe. Il y a environ 30% des gens qui laisseront la thérapie en cours de route. À la fin des trois ans, il y a environ 50% ou 60% des gens qui vont très bien. C'est très encourageant.
    Q-
    Est-ce qu'il y a un suivi après la clinique?
    R-
    Nous leur offrons six rencontres en banque, qu'ils peuvent utiliser n'importe quand dans le processus. Souvent, elles sont utilisées davantage au cours de la première année, mais on ne ferme jamais la porte complètement. Si quelqu'un que nous avons déjà suivi vit une situation particulière dans sa vie et qu'il souhaite rencontrer l'un des thérapeutes, il nous fera plaisir de l'accueillir. Les patients ont accès à six rencontres durant la première année et graduellement, avec le temps, ils viennent de moins en moins ou plus du tout. C'est une façon de les rassurer que de laisser la porte ouverte.
    Q-
    Pourquoi les femmes sont-elles davantage touchées par cette problématique?
    R-
    Les femmes sont plus souvent victimes d'abus sexuels que les hommes. C'est un facteur qui joue beaucoup. L'autre aspect, c'est que les hommes qui présentent des troubles émotionnels vont développer davantage un caractère violent, ils vont plus aller vers les caractéristiques antisociales. On voit davantage les femmes avec un diagnostic de trouble de personnalité limite et les hommes avec un trouble de personnalité antisociale. On peut aussi être biaisé par le sexe et avoir tendance à mettre les hommes plus antisociaux qu'ils le sont en réalité. Également, peut-être que les femmes demandent plus d'aide ou se présentent davantage à l'urgence.
    Q-
    Si une personne qui souffre d'un trouble de personnalité "borderline" a un comportement nuisible (ex. : drogue) et que la diplomatie ne fonctionne pas avec elle, dans quelle mesure peut-on utiliser la culpabilité ou la confrontation?
    R-
    La meilleure chose est de lui refléter ce que toi tu vis à travers tout cela, ton impuissance, les conséquences de ce que tu vois chez elle. Tu ne peux pas aller plus loin que cela. Tu ne peux pas prendre de décision à la place de l'autre. Il faut, à un certain moment, mettre sa limite et dire :"Moi, je peux aller jusque là, mais je ne peux pas aller plus loin". C'est cela aussi responsabiliser. Ça ne signifie pas qu'on ne doit rien faire, mais refléter à la personne ce que tu vois de la situation. Parfois, on a l'impression que ça ne changera rien, mais peut-être que la personne réfléchira à nos propos éventuellement. Il peut être intéressant aussi de laisser un dépliant, par exemple, du Centre Jean-Patrice Chiasson. Lui donner des pistes qu'elle pourra utiliser éventuellement. La culpabiliser ou mettre un terme à la relation est souvent nuisible. On peut dire à la personne : "Si tu changes d'avis, je suis disponible à t'aider. Je ne peux pas accepter que tu consommes, car tu te détruis, mais si tu veux changer ce comportement, appelle-moi".
    Q-
    Avez-vous des groupes de thérapie mixtes?
    R-
    Oui. Les hommes sont plutôt rares, mais il peut arriver que dans un même groupe, on tente d'en mettre deux ensemble, pour qu'ils se sentent moins seuls. Parfois, il y a aussi un thérapeute masculin, donc on va essayer d'associer le patient à un thérapeute homme. C'est intéressant qu'il y ait parfois des groupes mixtes, car certaines patientes ont des réticences face au sexe masculin, alors ça peut donner lieu à des échanges intéressants entre eux et leur permettre de constater que les hommes ne sont pas tous des abuseurs, des manipulateurs, etc.

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    IV - Conclusion

    Après les remerciements d'usage à l'endroit des personnes-ressources invitées, soulignés par les applaudissements de l'auditoire, M. André Forest, directeur de l'APPAMM-ESTRIE, remercie les gens de leur présence et les informe de la prochaine rencontre mensuelle d'information et d'échange de l'APPAMM-ESTRIE...

    Annie Goudreau, psychologue
    APPAMM-ESTRIE

    AG/af

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    Transcrit en format html par Robert Labrosse, pair aidant bénévole et webmestre.

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